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Les années 80 : le programme du CNR devient « archaïque »

 
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Max


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MessagePosté le: Ven 17 Sep - 16:24 (2010)    Sujet du message: Les années 80 : le programme du CNR devient « archaïque » Répondre en citant

On en vient justement au point de bascule. Le moment-clé, c’est évidemment 1983, soit le tournant de la rigueur, décidé par les socialistes dans un mouvement mondial d’expansion des idées libérales. Partout dans le monde - et aussi dans les médias français - le socialisme apparaît comme ringard, dépassé. Se multiplient ainsi les incitations à devenir moderne, à miser sur l’entreprise, à ne plus avoir peur du profit.

Célèbre supplément de Libération, sorti en 1984 pour présenter l’émission Vive La Crise présentée sur Antenne 2 par Yves Montand
.

C’est frappant pour ce qui concerne les médias. Dans ses premiers mois d’exercice du pouvoir, Mitterrand a hésité à faire éclater le groupe Hersant - et donc Lagardère dans le même élan. Interrogations, atermoiements : le temps passe. Et quand le temps passe, comme le disait Lordon, c’est le capital qui gagne à la fin. Finalement, le projet de liquidation du groupe Hersant arrive trop tard, quand la vague rose est déjà en reflux : le projet est lourdement combattu à l’Assemblée, au cours de ce qui sera la plus longue séance de l’histoire parlementaire. Les députés – dont Séguin, Toubon, Madelin… - posent des milliers de questions, ça n’en finit plus. Quand le projet arrive enfin devant le Conseil constitutionnel, celui-ci s’oppose à la loi anti-concentration pour des raisons de droit. Dans les faits, on le sait, le droit s’adapte aux rapports de force.
Dans le même temps, Mitterrand décide la libéralisation des ondes FM, qui vont devenir des déversoirs à pub, confie Canal + à André Rousselet, son directeur de cabinet, et décide de créer la Cinq, censée être confiée à Sylvio Berlusconi (auquel viendra s’ajouter ensuite Robert Hersant). Y a t-il indépendance à l’égard du pouvoir ? Pas du tout. Àl’égard des puissances étrangères et de l’argent ? Non plus.
En même temps, c’est Mitterrand : il n’est pas à une traîtrise près…


On peut dire que Mitterrand est un sale traître, sans doute. Mais ça ne fait pas beaucoup avancer la compréhension. Qu’importe les causes, pour aujourd’hui, revenons au basculement.



En 1981 ne se pose par exemple pas la question de repousser l’âge de départ en retraite : au contraire même, celui-ci passe de 65 à 60 ans. La vraie question est donc celle-ci : pourquoi, dès 1984, le discours opposé, sur le déficit des retraites, la capitalisation nécessaire, pourquoi ce discours émerge-t-il dans les années suivantes ? Est-ce que la démographie a considérablement changé en trois ans ? Je ne le crois pas. Est-ce que les données économiques ont considérablement changé en trois ans ? Je ne le crois pas non plus. Le seul changement d’ampleur est en fait idéologique. Jusqu’en 1981, toucher au programme du CNR - les retraites en font partie - n’est pas possible, pas permis. En 1984, alors que le libéralisme est en train de triompher dans le monde, dans les médias, chez les artistes et les politiques, dans la gauche elle-même, la conjoncture idéologique permet de s’attaquer aux retraites.


Cela va aussi vite que ça ?


Bien sûr. Pour le montrer, je vais continuer sur l’exemple des retraites. En 1983, le démographe Alfred Sauvy se désole dans Le Figaro que « l’opinion reste assez indifférente » à la question des déficits. Le même explique que pour faire entrer les retraites dans l’ère libérale, «  il faut informer les hommes au lieu de les faire rêver. C’est simple, c’est tout simple, mais quelle bataille ». Il le dit clairement : il y a une bataille idéologique à mener pour que les Français cessent de considérer que tout va bien sur le sujet. Deux ans plus tard, en 1985, les lobbys patronaux – en l’occurrence, il s’agit de l’Institut de l’entreprise – recommandent « une retraite à la carte plutôt qu’une retraite couperet ». La même année, l’universitaire André Babeau publie un livre intitulé La fin des retraites ? - cet homme est depuis devenu administrateur de deux sociétés d’assurance…

Les sondeurs sortent alors du bois. En 1986, un sondage Ipsos affirme que « 87 % des salariés jugent très ou assez préoccupants pour l’avenir l’équilibre des caisses de retraite ». Au printemps 1987, un sondage BVA pose que 58 % des Français auraient une opinion négative sur la question de l’avenir des retraites. Et à l’automne 1987, nouveau sondage : 62 % des personnes interrogées estiment que les retraites qu’elles toucheront seront insuffisantes pour vivre. En 1988, enfin, un sondage CSA-Le Parisien-AGF (là, c’est carrément une société d’assurances qui finance le sondage publié par Le Parisien…) révèle que les Français n’ont plus confiance dans le seul régime de retraite par répartition et commencent à capitaliser.
C’est là le rêve des assureurs depuis 1945 : qu’on en revienne à la capitalisation, c’est-à-dire que tout l’argent passe par les banques et eux. Ils en rêvent depuis 1945, mais pendant 35 ans, ils n’ont pas osé le dire ou ils n’ont pas été écoutés. A partir des années 1980, la conjoncture idéologique leur redonne espoir. Et en 1989, la une du Parisien affirme : «  Retraites : les Français ne comptent plus que sur eux-mêmes. En un an, les contrats d’assurance ont fait un bond de 32 % ». Là, on peut dire que l’investissement réalisé par AGF en 1988 pour le sondage a été rentable…
Tout cela n’est pas anecdotique : les argumentaires, les idées qui se forgent alors ont toujours cours. Il a juste fallu le temps que les gens intègrent ce discours. Depuis lors, le programme du CNR apparaît comme un joli bibelot, mais qui appartient au passé.
2004-2010 : la parenthèse libérale se referme
C’est encore le cas aujourd’hui…
Justement : j’en viens à ce que je trouve intéressant dans la republication du programme du CNR. En fait, il me semble que la parenthèse libérale de la gauche, ouverte en 1983, est en train de se refermer. Je pense même que c’est déjà le cas dans les têtes : sur le plan idéologique, le triomphe de l’ère libérale est terminé. La preuve la plus éclatante, c’est le rejet du Traité constitutionnel européen par 55 % des Français en 2005 – et plus exactement par 80 % des ouvriers, 71 % des chômeurs et 67 % des employés, soit un vrai vote de classe. Là, il y a eu un discrédit dans les urnes du modèle libéral. Celui-ci reste sans aucun doute le schéma de pensée et de fonctionnement des élites, mais à la base, c’est fini.
Si on s’intéresse aux dates… En 2004, est fêté, à l’initiative d’ATTAC, le soixantième anniversaire du CNR, et à cette occasion, des grands noms de la Résistance, les Aubrac, Hessel, Kriegel-Valrimont, etc. signent un appel pour un nouveau programme du CNR. Pour moi, ça signifie que la parenthèse commence déjà à se refermer : en 1994, pour le cinquantième anniversaire, on n’avait assisté à aucune revendication de cet héritage. En 2005, c’est le vote sur le TCE, puis en 2006, le CPE est rejeté dans la rue. Enfin, en 2007 se tient le premier rassemblement au plateau des Glières.


2007, c’est aussi l’élection de Sarkozy…
Nicolas Sarkozy était là pour mener – et Denis Kessler l’a énoncé – « une entreprise de liquidation du programme du CNR ». Il est arrivé en pavoisant, en promettant l’Amérique, en jurant de tout bouleverser au bulldozer. Mais la conjoncture a complètement changé et lui n’a eu d’autre choix que d’en rabattre, de faire comme ceux qui l’avaient précédé : du grignotage. Il venait pour mener une entreprise de liquidation, mais n’a pas effectué le badaboum promis. Et celui qui se présentait comme « décomplexé » est désormais complexé : nous ne sommes plus dans un mouvement de libéralisme triomphant. Je ne suis pas vraiment un optimiste de nature, mais je crois que le cours de la bataille des idées est en train de s’inverser. Ça va mettre du temps, mais c’est en marche. Et notre responsabilité est de faire que le paquebot tourne plus vite.
Il y a là pour moi un problème majeur – et c’est là que vous allez me traiter d’abominable "organisé" : je considère que si on veut que ce renversement intellectuel s’opère, il faut des forces organisées à gauche.


On ne peut pas publier ça… (rires) Ou alors, propose plutôt de saboter la salle des machines du paquebot…
L’un des problèmes, pour accélérer le mouvement, c’est que la bataille des idées se conduit aujourd’hui en-dehors des lieux où elle devrait centralement se mener. C’est-à-dire – je sais que vous n’êtes pas d’accord, mais c’est ma conviction – dans les partis et dans les syndicats. Il faut des forces pour porter auprès des masses la bataille des idées. Parce qu’en face, ils ont ces forces organisées : quand ils repèrent un universitaire qui peut glisser dans leur sens, ils le rémunèrent considérablement. Ils ont les médias à leur botte. Ils ont tout… Si nous, de notre côté, nous n’avons pas de forces organisées pour peser dans le débat, le paquebot ne peut pas virer de bord.


François Ruffin


François Ruffin qui vient évoquer, l’héritage du programme du Conseil national de la résistance. Lui a longuement mûri la question, dans l’ouvrage collectif Les Jours Heureux. Et axe sa réflexion sur le combat idéologique qui se joue depuis 60 ans.
   

François Ruffin : "Je crois que le cours de la bataille des idées est en train de s’inverser"


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MessagePosté le: Ven 17 Sep - 16:24 (2010)    Sujet du message: Publicité

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